Café Philo
| Les Questions qui fâchent |
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| Écrit par Administrator |
| Dimanche, 11 Janvier 2009 15:17 |
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Dieu? Pas Dieu? Evolution? Création? Destin? Hasard? Et Jésus?
Etait-il le fils de Dieu? Dieu lui-même fait homme? Ou encore était-il un simple gourou comme certains le prétendent, ou pratiquait-il déjà le conte thérapeutique avant l’heure, comme je commence à le croire? Pourquoi nous battons-nous sur ces questions? Qu’avait-il vraiment à nous dire, cet homme là qu’on représente torturé sur une croix? Et s’il n’était là que pour perpétrer et compléter un message déjà existant? Un message réel, caché dans une forme ésotérique pas plus réelle que Avant lui, dans l’antiquité, un perse du nom de Zarathoustra prêchait ceci:
«L’homme juste est celui qui ne fait pas aux autres, ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse à lui-même.»
Bon, d’accord. Il parlait aussi d’une divinité supérieure, d’un enfer et d’un paradis peuplés d’anges et de démons, ainsi que d’une existence après la mort, qui commencerait par un jugement de nos actions durant notre courte vie. Il annonçait aussi la venue d’un sauveur. Mais qu’est-ce que vous avez retenu, vous, du Seigneur des Anneaux? Qu’on n’a pas besoin d’être grand par la taille, pour faire preuve de grandeur d’âme? Ou que, dans notre histoire, s’est livrée une grande bataille entre humains, elfes, nains, ents et autres créatures magiques d’un côté, contre orques, trolls et autres abominations de l’autre bord? Si vraiment vous croyez ça, c’est que vous êtes complètement fantasque, et qu’il est temps de vous libérer de vos lectures. Laissons donc tomber la forme, et intéressons nous au fond :
«L’homme juste est celui qui ne fait pas aux autres, ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse à lui-même.»
C’est probablement juste, mais ce n’est qu’une moitié du chemin de Jésus. Il suffirait de ne rien faire, pour être un homme juste. Si l’on en croit les évangiles, Jésus a dit :
«Fais aux autres, ce que tu voudrais qu’on te fasse à toi-même.»
Pendant un temps, j’ai cru qu’il s’agissait d’observer mes propres attentes, et d’apporter aux autres exactement ce que je voudrais qu’on m’apporte à moi-même. D’ailleurs en passant, c’est comme ça que pensent les Témoins de Jéhovah, pour ne citer personne. Et puis, récemment, un ami m’a dit :
«Ne vaudrait-il pas mieux faire aux autres, ce qu’ils voudraient qu’on leur fasse?»
J’ai failli argumenter, parce que, finalement, ça peut revenir au même. Il va de soi que mon ami aimerait bien qu’on lui fasse, ce qu’il voudrait qu’on lui fasse. Or, c’est ce qu’il se propose de faire aux autres. Sans le savoir, il se propose donc de faire aux autres, ce qu’il voudrait qu’on lui fasse à lui-même. Mais qu’est-ce, sinon de la rhétorique? Ce n’est pas le plus important! Ce qui compte, c’est qu’on a là un message altruiste qui a été complété. Il ne suffit pas de rester les bras croisés, en regardant les autres sombrer dans le malheur. Il s’agit également de leur apporter, spontanément, les éléments qui peuvent leur apporter plus de bonheur, si c’est en notre pouvoir. Mais pourquoi faire? C’est là que les avis divergent. Et dix verges c’est beaucoup pour un seul homme, comme l’aurait dit notre bon ami Pierre. Pourquoi donc apporter aux autres, ce que, manifestement, les autres n’ont pas forcément le réflexe de nous apporter? C’est à ce moment là qu’on se détache du vrai message. C’est sur ce point là, qu’une partie du fond s’est envolée dans la forme. Et on se force à aimer son prochain, pour gagner une place dans un paradis éternel après la mort, et pour éviter l’enfer ou la disparition pure et simple. Mais dans le même temps, on se met à haïr tout ce qui pourrait nous empêcher d’entrer au paradis, à commencer par les infidèles. N’y a-t-il pas là comme une contradiction? Je ne l’ai pas inventé!
«Tu dois aimer ton prochain, comme tu t’aimes toi-même.»
C’est pas moi qui l’ai dit! C’est lui! Lui que vous représentez, paraît-il, dans sa plus grande position et de force et de faiblesse; suspendu à une croix, une couronnes d’épines posées sur sa tête sanguinolente. Lui au nom de qui vous partez en croisades, même aujourd’hui, au troisième millénaire.
«Tu dois aimer ton prochain, comme tu t’aimes toi-même.»
Mais arrêtez-vous donc cinq minutes, pour vous observer vous-mêmes. Vous qui vous échauffez dans des débats sans fin. Vous, créationnistes et évolutionnistes purs de durs, vous, catholiques, évangélistes, témoins de Jéhovah et autres chrétiens qui proclamez la souveraineté d’un Dieu paraît-il infiniment bon, vous aussi, athées fanatiques, qui niez en bloc la possibilité d’une intention derrière la création de l’Univers; vous qui méprisez votre prochain pour ses croyances, et qui vous embarquez dans des guerres qui ne peuvent pas trouver de solutions satisfaisantes pour tous; prenez un peu de temps pour analyser ce que vous êtes en train de faire. Aimez-vous vraiment ce que vous voyez? Vous aimez-vous vraiment vous-mêmes? Pourquoi imposer aux autres, de force, un bonheur que vous n’avez même pas su trouver vous-même? Une partie du fond s’est envolée dans la forme.
«Tu dois faire aux autres, ce que tu voudrais qu’on te fasse à toi-même.»
Mais pour quoi faire? Pour Dieu? Mais ce serait injuste. Bien des gens ont été traumatisés au nom de Dieu, ou par des gens qui se disent ses représentants. Je ne parlerai pas seulement des croisades, des guerres de religion même entre chrétiens, ou encore de l’inquisition! C’est un passé qui nous pèse encore, mais c’est du passé. Je parle, entre autres, de l’aberration qui conduit à forcer les prêtres au célibat et à l’abstinence. Il n’y a pas de meilleur chaudron pour cuisiner des pervers sexuels. Or parmi leurs victimes, vous trouverez des gens bien, qui aspirent à bien faire, mais refuseront en bloc toute divinité au dessus de leur tête, parce qu’ils auront été détruits par tel jésuite pédophile ou je ne sais quoi encore. Et ce n’est qu’un exemple. Pourquoi faire du bien aux autres? Pour sauver son âme, dit-on. Pour atteindre le Paradis. C’est ici que le fond s’est envolé dans la forme. C’est ici qu’on a trop pris les choses au pied de la lettre. Le paradis et l’enfer, c’est ici, sur Terre.
«L’enfer, c’est les autres, disait Jean-Paul Sarthe.»
Comme il avait raison! Mais lui aussi, comme Zarathoustra, n’avait parcouru que la moitié du chemin. Le paradis aussi, c’est les autres. Apporter aux autres, quand on le peut, ce dont ils ont besoin, c’est là le ticket pour entrer dans un paradis immédiat, ici, sur Terre, de notre vivant; un monde où il se trouve des gens pour se soucier, à leur tour, de votre bien-être. C’est pour ça qu’il faut aimer son prochain. Par pour Dieu, pas pour une résurrection après la mort; pas pour éviter l’enfer, mais pour s’en extraire. Car si vous n’aimez pas votre prochain, comment voulez-vous qu’il vous aime? Qu’avez-vous retenu du film Moulin Rouge? Qu’en ce temps là, Montmartre était un décor de théâtre, fait de façades de carton pleines de couleurs? Ou bien qu’il suffit d’aimer, et de l’être en retour, pour atteindre le bonheur?
Dieu? Pas Dieu? Evolution? Création? Destin? Hasard? Et Jésus? Etait-il le fils de Dieu? Dieu lui-même fait homme? Ou encore était-il un simple gourou comme certains le prétendent, ou pratiquait-il déjà le conte thérapeutique avant l’heure, comme je commence à le croire?
On s’en fiche. Oui, vous m’avez bien lu. On s’en contretape; ce sont des questions qui fâchent. Pourquoi s’appesantir dessus? Non seulement ça ne sert à rien, mais en plus, ces querelles inutiles vous ont complètement détourné de la réponse essentielle contenue dans le message du Christ:
«Tu dois aimer ton prochain comme tu t’aimes toi-même»
Il a peut-être juste oublié un détail. Oh, juste une broutille! Rien que la condition première pour y parvenir. Tu dois commencer par t’aimer toi-même. Sinon, comment veux-tu, ami lecteur, aimer correctement ton prochain? Comment veux-tu éviter de sombrer dans un nouvel enfer, déguisé en paradis? Comment veux-tu, même, pouvoir t’arrêter cinq minutes, et te regarder toi-même, sans éprouver déception, dégoût, mépris, même… haine? Mais qui suis-je? Qui suis-je, pour oser te dire ça, ami lecteur? Je ne suis ni un messie, ni un prophète. Je suis juste un autre fou, un ancien schizophrène qui ruait dans les brancards. Mais je me soigne. Et j’ai l’impression que c’est comme ça que je peux le faire. Je n’ai donc pas toutes les réponses. Par contre, y’en a une dont je suis sûr. Pour s’aimer soi-même, il faut au moins se débarrasser du mépris, qui est un rongeur d’âmes. Ca inclut arrêter de mépriser les croyances des autres. Franchement, s’il y a un Dieu, et s’il est, comme on le dit, infiniment bon, il ne doit pas aimer nous voir nous déchirer sur la question de son existence. Ce dont je suis absolument certain, par contre, c’est qu’on n’a pas besoin de lui pour apprendre à vivre ensemble.
Eric Gélard |
| Mis à jour ( Dimanche, 04 Octobre 2009 22:49 ) |




